La laïcité n'est pas, comme on l'entend répéter à l'envi, une « valeur ». Dans notre République, elle est un principe constitutionnel.

Si elle était une valeur comme une autre, l'adhésion qu'elle suscite serait semblable à l'adhésion à d'autres valeurs, religieuses notamment, bref une croyance parmi d'autres. Le fait qu'elle ne réfère pas à une quelconque transcendance ne la rend pas non plus similaire à l'athéisme ou à l'agnosticisme. Après tout l'argent aussi est une valeur pour beaucoup, pas seulement au sens monétaire et économique, mais comme but premier dans la vie.

En tant que principe constitutif du « vivre ensemble » républicain et démocratique, la laïcité garantit, dans le respect de la Loi et en toute neutralité, l'égalité des personnes, des croyances et des cultes. Elle n'est pas une valeur mais le principe qui autorise l'expression des valeurs dans leur diversité.

Parler de valeurs fait entrer dans le champ des croyances et de leur relativité culturelle : il en résulte une contamination d'ordre religieux ou moral et, de fait, des confusions regrettables et des incompréhensions. Ainsi la notion de « morale laïque » n'a-t-elle aucun sens. LE politique n'est pas la société civile mais ce qui fonde son cadre (même si « les » politiques, au sens politicien, n'en sont pas toujours exemplaires!).

Il est une grande différence entre les conflits de valeurs et la discussion sur des principes fondateurs (certes non éternels, mais source du droit positif en vigueur). Le débat démocratique vivifie la République mais aucun de ses acteurs, aussi principal soit-il, n'a vocation à se croire a priori ou de facto principiel et institutif.