Ces contributions concernent, entre autres, l'éducation, et donc le politique et l’éthique, les normes et les « différences », la communication, le savoir et la culture, les domaines artistique et scientifique. Leur lecture sera parfois jugée peut-être un peu aride (et non « à rides », du moins je l’espère !), mais en complément à bien d’autres sites très pertinents, mon souci est d’accompagner vers la simplicité de l’essentiel - qui est le contraire du simplisme -, sans cesse à (re)conquérir par delà les citadelles de nos certitudes et de nos habitudes enkystées dans un quotidien « formaté » par les prédateurs de nos espoirs.

Comment je vois la Philosophie

La philosophie est un terreau dans lequel la réflexion, rationnelle, argumentée, nourrie de doute, de critique, mais aussi gourmande de créativité, aborde les choses de la vie, prosaïques comme énigmatiques. Elle est une école d’étonnement et de questionnement, d'in-quiétude, qui conduit à vouloir rencontrer l’altérité, l’Autre qui nous altère et nous fait évoluer. La philosophie ne connaît pas les frontières, elle ne peut être décrétée « officielle » sans cesser d'être philosophique. L'Étranger, avec son « inquiétante étrangeté » pour reprendre un titre de Freud, est son invité privilégié au banquet du dialogue : car philosopher n'est point affaire de ressemblance mais occasion de rassemblance.

 

La philosophie est une démarche dynamique, une relation interrogative au monde. Socrate en est l'exemple emblématique. On dit volontiers que la philosophie concerne les questions sans réponses, en tout cas sans réponses scientifiques actuelles : elle concerne plutôt les réponses qui, oublieuses des questions initiales qui leur ont donné sens dans des conditions et un contexte particuliers, sont devenues des réponses toutes faites, des évidences voire des préjugés.

 

Revenir à une question ne suffit point encore : une question exprime l'aspect d'un problème à retrouver, à revivifier, à renouveler. La philosophie est une recherche de principes premiers. Le risque du dogmatisme, l'illusion d'un système explicatif définitif, la guettent, bien sûr, mais elle a, pour cette raison même, vocation à remettre « cent fois sur le métier » ses propres fruits aussi longs furent-ils à mûrir. Pour reprendre la distinction du philosophe contemporain E. Lévinas, elle n'est pas du côté de la totalité mais du côté de l'infini.


C'est pourquoi l'étude des grands auteurs, à l'abord parfois austère, est une école d'humilité critique. Philosopher n'est aucunement chercher le confort de certitudes auxquelles s'adosser pour devenir « un ingénieur de son existence » (et souvent de celle des autres !) : elle est un effort, permanent, à produire pour dépasser ses idées reçues et cheminer vers ce qu'il pourrait en être de l'essentiel. C'est une randonnée de l'esprit qui gravit une montagne sans savoir si elle a un sommet.

 

Que chacune, chacun, puisse philosopher, dans un café ou ailleurs, certes et heureusement : la philosophie n'est pas une forme d'ésotérisme réservée à une élite, au contraire. Elle exprime l'humaine condition, avec ce souci récurrent : ai-je un destin à subir ou bien puis-je me construire une histoire personnelle ? Mais un débat d'idées, logique et rationnellement argumenté, ne se réduit pas à une confrontation d'opinions. La philosophie ne consiste pas à « opiner du chef » et moins encore à opiner devant un « Chef » ! Diderot écrivait, en 1796, dans son ouvrage dialogué « Jacques le fataliste et son maître »: « Jacques suivait son maître comme vous le vôtre ; son maître suivait le sien comme Jacques le suivait. - Mais, qui était le maître du maître de Jacques ? - Bon, est-ce qu'on manque de maître dans ce monde ? » (Ed. Y. Belaval, Paris, Folio/Gallimard, 1973, p. 83).


Que les vulgarisations aient leur utilité, et j'y reviendrai : oui, mais à condition qu'elles ne s'achèvent pas dans des catéchismes du bien être dont certains, philosophes ou autoproclamés tels, ne sont pas avares sur nos scènes médiatiques et éditoriales. Nous sommes souvent face à un véritable « débit d'initiés » ! La philosophie n'est pas une religion ni une thérapie. Si elle est un aiguillon pour la pensée, elle n'autorise nullement à penser pour les autres. Sa finalité est d'apprendre à penser et à juger par soi-même dans le souci d’une humanité pacifiée, dans le respect mutuel des personnes
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