Qu'est-ce que la philosophie ? Elle est une aventure, une dynamique, un mouvement, un effort de la pensée. Elle est mue par l'étonnement devant les évidences qui nous sont assénées de toute part et elle interroge leurs fondements: elle est, en ce sens, critique. C'est pour cela qu'elle n'est guère prisée par les pouvoirs et par tous ceux qui sont persuadés d'avoir raison.

Elle n'est pas une "matière" que l'on observe, un objet d'inventaire, ni "quelque chose" que l'on pétrit à la manière d'un alchimiste voulant transformer la pesanteur du vécu en un hymne à la légèreté par une opération magique de transmutation physico-spiritualiste.

La philosophie n'est pas l'opinion qui conduit à opiner du bonnet. Elle n'obéit ni aux injonctions d'autorité ni aux modes de servilité.

Elle n'est pas non plus la science qui cherche à vérifier des hypothèses. Elle doit à la science de revivifier son questionnement sur les principes premiers. Elle est une école d'incertitude travaillée par le souci de la vérité et par celui du sens. Elle est la liberté même en tant que liberté de penser et de juger par soi-même à l'aune des prétentions, définitives ou provisoires, de celles et ceux qui l'ont pratiquée. L’œuvre de ces derniers, autrement dit l'histoire de la philosophie, est de ce fait une étude propédeutique à ses ambitions, ses hésitations et ses limites. On ne pense pas seul mais avec et contre les autres.

La philosophie est moins une discipline scolaire qu'une discipline de l'esprit. Sa genèse est dans la scolarité, qui prépare la raison à s'exercer en toute autonomie. Elle est la recherche toujours renouvelée, infinie en quelque sorte, de ce qu'il en est de l'homme et du monde, des certitudes et des croyances. Le doute qui l'habite n'est pas de résignation au réel qui se présente, mais d'indignation face à la réalité d'un monde qui se complaît dans ses reflets. Elle est l'antidote des préjugés.

Philosopher c'est ne jamais abdiquer, mais revendiquer.

Face aux questions en vogue : "Comment ? Combien ?!", elle revient à l'essentiel : pourquoi ?